La beauté du hockey

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Un journaliste a déjà demandé à l’ancienne super-vedette des Red Wings de Detroit, Brendan Shanahan, si le hockey était un sport difficile. L’actuel gestionnaire des Maple Leafs de Toronto avait alors répondu, « Si c’est difficile? Eh bien, on doit avoir la force et la puissance d’un joueur de football, l’endurance d’un marathonien, la concentration d’un chirurgien, tout cela en fonçant sans relâche sur des lâmes épaisses de quelques millimètres, pendant que cinq autre joueurs te poursuivent non seulement pour t’empêcher de toucher à une rondelle, mais aussi de te frapper si tu en prends contrôle, utilisant pratiquement n’importe quelle partie de leur corps et même un bâton pour y parvenir. Par contre, c’est une combinaison de tout cela qui fait en sorte que ce sport est le plus magnifique et unique qui soit. »

Et le comble de cette beauté, c’est de revenir aux sources lors de rares matchs en plein air, là ou tous les joueurs ont développé leurs nombreux talents. Si la LNH utilise et connaît bien la recette en y allant d’au moins une partie extérieure par saison depuis maintenant un bon bout de temps, la LHJMQ est encore aux premiers tests d’une telle formule. Force est d’admettre que malgré les budgets bien plus modestes, les matchs du weekend dernier disputés à Drummondville n’ont pas déçu tous ceux présents sur place.

Au-delà du match, chaque équipe a pratiqué au moins une fois sur la patinoire réfrigérée qui arborait le logo de la Classique Hivernale. Ayant été témoin de la séance d’entraînement du Phoenix de Sherbrooke mercredi matin, il est difficile de comparer cette séance à celles qui s’affichent à l’horaire régulier de chaque formation. L’objectif était le même, mais l’ambiance n’avait absolument rien à voir.

« Il fait assez froid (on parlait ici de -20 celsius avec le vent), mais les gars trippent solide. Tout le monde avait déjà joué au hockey dehors bien sûr mais l’enjeu est entièrement différent. Oui il y a les deux points à aller chercher vendredi face aux Voltigeurs, mais ce n’est pas ça qui rend le match spécial. C’est le fait que pour plusieurs qui n’atteindront pas la LNH, ce sera la partie la plus unique de leur carrière. On veut bien évidemment gagner, mais par-dessus tout, on veut que nos gars aient du plaisir », racontait mercredi Jocelyn Thibault, lui qui a déjà participé à un match extérieur de la LNH en tant que gardien auxiliaire à Buffalo il y a dix ans.

Et on a vu les joueurs avoir du plaisir à leur propre façon. Mathieu Olivier, participant aux deux premiers matchs extérieurs à St-Tite il y a plus de trois ans, portait même des lunettes fumées pour le début de la période d’entraînement. Une touche unique qui a bien fait rire ses coéquipiers et qui a rejoint l’objectif ludique de l’événement.

La plupart des joueurs ont bien sûr arboré les lignes noires sous les yeux, tentant de réduire l’effet des projecteurs sur leur vision, mais aussi de reproduire le look du joueur de football américain. Si certains semblaient bien suffisamment à l’aise que d’autres avec cette “peinture” au visage, les gardiens Daniel Moody, Brendan Cregan et Olivier Rodrigue ont amélioré leur look en appliquant la fameuse tuque sur leur masque. Belle façon de rendre hommage au pionnier de cette mode, José Théodore, gardien du Canadien de Montréal lors de la Classique Héritage contre les Oilers d’Edmonton au début des années 2000.

Et au-delà de ça, il y a les histoires invraisemblables. Commençons par Thommy Monette, le gardien auxiliaire du Phoenix lors de ce match. Même s’il n’a pas été impliqué dans la rencontre, sa présence au bout du banc ne l’a certainement pas rendu malheureux.

« J’ai appris mardi que je devais joindre le Phoenix, et donc je suis allé les rejoindre et ce matin (mercredi), nous sommes à un entraînement extérieur à Drummondville. Je sais que je ne jouerai sûrement pas, mais c’est tout de même une expérience inoubliable», m’a-t-il dit alors que mon téléphone, bien gelé, ne voulait pas collaborer à la réalisation d’une entrevue.

Vient ensuite le gardien Brendan Cregan, qui il y a tout juste plus d’un an, jouait dans la MJAHL et avait en quelque sorte accepté son sort. Quelques mois plus tard, il a pu graduer dans la LHJMQ et terminer la saison aux côtés de son bon ami Evan Fitzpatrick. Plus récemment, l’espoir des Blues a été transigé au Titan pour Reilly Pickard, qui n’était pas en mesure de prendre part à l’évènement. Cregan a donc disputé la rencontre pour les Oiseaux, et a eu bien du plaisir malgré le résultat.

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« C’était fou. C’est un match carrément unique. Ça n’a pas la pression d’un match éliminatoire mais c’est certainement aussi excitant! Il fait bien sûr plus froid et on a très peu de contrôle sur ce qui nous entoure comparativement à un amphithéâtre régulier, mais on avait les ressources pour s’adapter. Je bougeais davantage mes pieds et j’essayais de garder mes mains au chaud, et on avait des chaufferettes au banc durant les arrêts de jeu. Je n’oublierai jamais ce match et je suis reconnaissant de la chance qui m’a été donnée d’y jouer », raconte-t-il avec un large sourire au visage malgré le revers aux mains des Rouges.

Luke Green, quant à lui, avait autant de raisons de sourire. Opéré avant même le début de la saison, l’espoir des Jets de Winnipeg avait reçu la consigne des médecins de ne pas revenir au jeu en disputant sa première rencontre face aux Voltigeurs. Il a finalement pu participer à la rencontre de la veille face aux Huskies, ce qui lui a permis d’affronter le froid avec ses coéquipiers vendredi soir.

« Les conditions n’étaient pas parfaites… la glace était assez mauvaise surtout en troisième, la rondelle bondissait de façon bizarre… mais honnêtement, on s’est bien amusé et en sautant sur la glace chaque fois, c’était une sensation un peu euphorique. Il faut se dire que c’est le match le plus spécial de la carrière de 99% des joueurs qui participeront aux matchs de ce weekend. Malgré le résultat, je suis très heureux d’avoir pu participer à cette rencontre», explique le 55.

Même son de cloche du côté des locaux. Le jeune Joseph Veleno, ayant débuté la saison avec les Sea Dogs et y ayant récolté 31 points dont 6 buts en autant de parties. L’espoir de première ronde au prochain encan de la LNH a fait bondir les partisans de leur siège à plusieurs reprises, réussissant un but et deux aides pour prolonger sa séquence à 13 matchs de suite avec une réussite offensive (30 points durant cette série de succès).

« Je m’amuse comme un fou depuis que je suis débarqué ici. Dominique Ducharme est très exigeant envers moi et même plus qu’avec tous les autres joueurs. Moi ça me convient, il sait comment me récompenser pour mes efforts et il me fait confiance. Ce soir il m’a permis de m’exprimer et la foule était géniale. On a bien joué presque tout le match et on a eu du plaisir en équipe. C’est un événement que je me souviendrai pour toujours », insiste-t-il.

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Et du point de vue des spectateurs, rien ne valait le coup d’oeil fantastique de la glace des hauteurs des gradins. Le contraste entre l’obscurité de la nuit et la luminosité de la glace, mélangé au décor de la ville, ont vraiment enrichi la qualité du spectacle. Plusieurs personnes présentes sur place ont exprimé leur grande surprise de la bonne visibilité offerte de tous les angles, et même si plusieurs sièges étaient vides pour le premier match (environ 71% d’occupation), personne n’a exprimé avoir regretté sa soirée. Le lendemain, encore plus de partisans sont venus assister à la victoire des Tigres par la marque de 2-0 alors que la neige a eu beau ralentir le jeu et limiter les possibilités offensives, mais a certainement rajouté à la magie entourant la rencontre.

Et bien évidemment, nombreux étaient les amis et membres de la famille des quarante joueurs impliqués dans chaque joute. Autant les entourages des joueurs du Québec que des Maritimes, des États-Unis et même de quelques Européens se sont dirigés vers le Centre-Du-Québec.

Et au-delà de tout cela, il y a bien plus encore. Il y a le lien solide qu’un match comme celui-ci peut créer entre les joueurs d’une équipe. Les joueurs sont comme des frères tout au long de la saison et font presque tout en compagnie l’un de l’autre, et ne se lâchent pas d’une semelle sur la route, ce qui représente près de 60 jours complets dans une campagne de 68 parties, plus les séries. S’ils passent autant de temps ensemble, ils pourront toujours ramener ce jour unique dans les prochaines années, lorsqu’ils s’enverront un de leurs millions de snapchats, ou encore voudront une raison d’utiliser le terme #TBT sur leur profil Instagram. Les plus branchés iront même s’étaler sur la twittosphère avec les photos d’équipe prises après la rencontre et les clichés des buts qu’ils y auront réussi. Mais surtout, ils se souviendront toujours de ceux à leurs côtés lorsque la lumière rouge s’est allumée au cours du match, et lorsque le cadran s’est arrêté pour la dernière fois. Parce que le hockey est non seulement un sport magnifique, il est aussi un élément puissant et rassembleur dans notre société où des millions ont grandi avec des patins dans les pieds.

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Crédits photos: Ghyslain Bergeron / LHJMQ & Simon Duquette / LHJMQ

 

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