Evan Fitzpatrick: Grandir dans l’adversité

2-3VIC

Dans cette saison de folles montagnes russes qu’est celle du Phoenix, certains joueurs ont réussi à s’extirper de l’ombre et se mettre en valeur. On pense principalement aux jeunes Hugo Roy, Kevin Gilbert et Nicolas Poulin, mais il ne faut pas non plus oublier la belle progression du gardien Evan Fitzpatrick, lui qui fonce tout droit vers le premier repêchage de la LNH où il sera éligible. Achevant sa deuxième saison dans la LHJMQ, sa première comme gardien de tête, Evan a connu, à l’image de sa formation, plusieurs hauts et bas.

En plus d’avoir connu quelques moments de gloire avec une participation au match des meilleurs espoirs BMO, “Fitz” a aussi récolté deux nominations au sein des trois étoiles de la semaine du circuit. Deux jeux blancs ont aussi été ajoutés à sa fiche personnelle en cours de saison. Si ce n’était pas du début de campagne désastreux et de quelques longues séries de défaites de sa formation, sa fiche pourrait bien être plus reluisante que ce 17-22-8, ce qui ne représente certainement pas ce qu’il avait en tête au début du calendrier.

«J’ai adoré l’expérience du match des espoirs. Tout autour de l’évènement était cool et j’ai bien aimé voir et jouer contre les meilleurs joueurs de la cuvée. Ne pas accorder de buts en plus, c’était vraiment génial. Pour ce qui est de nominations de trois étoiles, c’est pas juste pour moi, c’est le résultat d’un travail d’équipe et je suis simplement celui qui reçoit le prix! Maintenant pour le reste, les attentes étaient hautes envers notre équipe et, bien évidemment, envers moi. Malheureusement ça ne s’est pas du tout déroulé comme prévu. On pourrait sortir un paquet d’excuses, mais on s’est mis dans cette situation et personne ne va avoir pitié de nous. On est les seuls qui peuvent se sortir de là, et on va grandir à travers toute cette adversité», indique celui qui vient à peine de devenir majeur.

Au moment d’écrire ces lignes, le Phoenix était 15e au classement général avec encore six parties au compteur, alors que bien des observateurs voyaient l’équipe de Jocelyn Thibault rivaliser avec les Huskies et Foreurs pour le haut de la division Ouest, alors estimée comme la plus relevée du circuit. La guerre à trois tant attendue n’a finalement jamais eu lieu.

Fitzpatrick a amorcé la saison en formant un duo avec Alexandre Lagacé, qui a lui aussi connu une excellente progression. Afin de laisser plus de place à Fitzpatrick pour prendre de l’expérience et de laisser du coup une chance à Alexandre de jouer plus de matchs, le Phoenix a décidé d’échanger ce dernier à Rimouski contre notamment Anthony Chapados et Charles-Antoine Poirier-Turcot. Quelques semaines après la date limite, les deux anciens coéquipiers se faisaient face alors que l’Océanic visitait le Phoenix. Le duel était très anticipé par les deux gardiens, qui ont tout donné pour sortir de là avec la victoire. Cette fois, c’est le Phoenix qui a eu le dessus.

«C’était vraiment le “fun” comme match, surtout qu’on récolte les deux points. J’étais vraiment satisfait même si j’ai raté le jeu blanc de très peu. On s’est beaucoup textés dans les jours précédents et on était tous les deux gonflés à bloc. Pendant le match on s’est croisés du regard quelques fois et c’était à la fois drôle et spécial. On s’est tous les deux échangé les gros arrêts, il a très bien joué et je suis content que ça se passe bien pour lui avec sa nouvelle équipe».

Bien évidemment, avec une telle saison viennent les temps un peu plus difficiles. À quelques occasions, le Phoenix s’est fait malmener et le bateau partait à la dérive pour quelques matchs. La piètre fiche des hommes de Stéphane Julien, venu en relève à Judes Vallée un peu avant les fêtes, contre les équipes de l’Abitibi (0 en 12) n’a certainement pas aidé à aller chercher ces points si importants en fin de saison. Au travers de tout ce brouhaha, Fitzpatrick a su garder la tête froide et être réaliste, et sait être juste dans son analyse de son propre rendement.

«Je dois obligatoirement être plus constant si on veut connaître du succès, cette année et même plus tard. C’est mon principal défaut cette saison, tout comme l’équipe en général d’ailleurs. Je travaille fort avec Jean-François Labbé (entraîneur des gardiens), on en fait un peu plus avant les entraînements. J’essaie différentes méthodes avec différents entraîneurs et spécialistes et on regarde ce qui fonctionne plus ou moins bien. Bien franchement, j’ai pas aimé mon début de saison du tout, mais les choses se replacent tranquillement et j’ai pas mal plus de plaisir en ce moment», décrit intelligemment le bonhomme de Lower Sackville, en Nouvelle-Écosse.

Même son de cloche chez Stéphane Julien, qui souligne un point intéressant chez son cerbère.

«Avec Evan, on veut surtout plus de constance. Quand il est dans sa game, il fait peur à ses adversaires. On le connaît bien et on sait ce qu’il est capable de faire. Dans la majorité des cas, dans les cinq à dix premières minutes du match, je suis capable de voir dans quelle “shape” il est et quel genre de performance il va connaître. On voit quand il est alerte et concentré, ou qu’il est un peu plus “soft” et n’a pas le même aplomb», explique-t-il du grand rouquin.

Le sympathique géant n’a toutefois pas de regrets et se montre optimiste pour la fin de la saison et pour les temps à venir. Il remarque une belle progression dans son jeu depuis le début de l’année et il n’est pas question de s’asseoir sur ses récents succès: Il veut toujours progresser et se défie lui-même, sans toutefois parler de chiffres ou de statistiques.

«En tant que gardien, ça donne pas grand-chose d’avoir des super statistiques si tu gagnes pas. (Par exemple, il préfère accorder quatre buts sur trente tirs et gagner, que d’en accorder trois sur cinquante et perdre). Le but, c’est toujours d’arrêter le prochain tir, puis de toujours recommencer. Le gardien est la dernière ligne de défense, tout passe par lui quand le match est serré et je veux continuer d’être encore meilleur en situations critiques».

Plusieurs joueurs vont cacher, ou du moins diminuer l’importance qu’ils accordent aux différents classements des espoirs et aux analyses à leur égard lorsque vient leur année de repêchage. Pourtant, avec Fitzpatrick, pas question de sortir de cassettes et d’utiliser les bons vieux clichés.

«Tu sais, je suis pas mal actif sur internet et sur les médias sociaux. Je vois ce qui passe et c’est toujours tentant d’aller voir ce que les gens pensent de toi et comment ils t’évaluent. C’est une grosse année pour moi à ce niveau, c’est une évidence, le repêchage est un point tournant dans la vie d’un joueur. J’aime voir qui se trouve devant et derrière moi, et regarder aussi comment se débrouillent quelques gars que je connais. Mais tout ça, je suis capable de le mettre derrière moi dès que j’arrive à l’aréna. Je pense que c’est une partie du processus, et on apprend rapidement à négocier avec cette pression», conclut Fitzpatrick, actuellement deuxième espoir chez les gardiens nord-américains derrière Carter Hart (Everett, WHL).

Crédit photo: Vincent Lévesque-Rousseau, Phoenix de Sherbrooke

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