Le Colisée Pepsi : une histoire de 66 ans

Martin Otis

Dimanche soir, après le match de la finale de la 97e Coupe Mémorial, opposant les Generals d’Oshawa aux Rockets de Kelowna, la glace a été retirée pour la dernière fois au Colisée Pepsi. Du 8 décembre 1949 au 31 mai 2015, c’est l’intervalle où du hockey aura été présenté dans la vénérable enceinte du quartier Limoilou. Il vivra encore quelques semaines puisque le dernier spectacle devrait avoir lieu en septembre alors que le groupe heavy metal Metallica se donnera en concert. Parce qu’évidemment quand on pense au Colisée, on pense tout naturellement aux différentes équipes de hockey qui s’y sont succédés, soit les A’s, les Citadelles, les Remparts, Les Nordiques, Les Rafales, les Citadelles (une 2e fois), les Remparts, eux aussi pour une deuxième fois, mais le Colisée a vu une ribambelle d’artistes rock, pop, francophones s’y produire, les énumérer ici serait trop long. Une foule d’autres activités s’y sont tenus, plus que l’on pense, à la crosse, le patinage artistique, la boxe, la lutte; les Harlems Globe Trotters s’y sont produits à quelques reprises. Des événements politiques y ont eu lieu comme des élections de parti, rassemblement et même la future reine Élizabeth 2 y fut reçue pour un banquet en son honneur, le 9 octobre 1951. On ne peut parler du Colisée sans lui associer le tournoi de hockey Pee-Wee qui sont devenus indissociables. Nombre de jeunes qui ont fait leurs premières armes à ce tournoi ont abouti dans la Ligue nationale de hockey et plusieurs en sont devenus de grandes vedettes, on n’a qu’à penser au légendaire Wayne Gretzky. Il serait impensable de ne pas parler d’un petit gars de Thurso quand on parle du Colisée. Guy Lafleur sera une plus des plus grandes légendes qui aura évolué dans son enceinte, il y a joué lors du tournoi Pee-Wee, il a fait écarquiller les yeux lors de son passage chez les Remparts avec les conquêtes de la Coupe du Président et Mémorial; il est venu dans l’uniforme de l’ennemi dans les années 80 avec les Canadiens de Montréal pour finalement endosser l’uniforme des Nordiques au début des années 90. Le traditionnel Guy, Guy, Guy n’aura pas fait que marquer le Forum, il résonnera à jamais au Colisée…

La construction du Colisée a commencé le 10 mai 1949 après un feu qui détruisit le pavillon de l’Agriculture le 15 mars de la même année. Comme dit précédemment, la première partie y fut disputée le 8 décembre de la même année et y opposait, les A’s de Québec et les Citadelles de Québec. Les A’s évoluaient à l’époque pour la ligue senior du Québec et alignaient dans leur rang un autre qui marquera l’histoire du hockey au Québec, soit Jean Béliveau, surnommé le Gros Bill. On dit souvent que Béliveau est celui qui a construit le Colisée. Quelques jours après la partie inaugurale, le 15, les archevêques de Québec et d’Ottawa bénissaient l’édifice. Les A’s disparaitront à la fin de la saison 71. Parallèlement, les Remparts y éliront domicile, pour le début de la saison 69 dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, et ce jusqu’au milieu des années 80. Par contre, en 72, un nouveau locataire majeur vient s’y installer soit les Nordiques de Québec, ils y seront du 21 septembre 1972 jusqu’au 14 mai 1995, jour où les Nordiques ont joué leur dernier match, pour ensuite partir vers le Colorado. Après Béliveau et Lafleur, c’est au tour de Peter Statsny de soulever les foules dans les années 80. Il y sera épaulé entre autres par Michel Goulet.

Les Nordiques y soulèveront les passions en premier comme membre de la Ligue Mondiale, particulièrement le 26 mai 1977, alors qu’ils soulèvent la Coupe Avco symbole de la suprématie de l’AMH, jusqu’au jour où ils seront acceptés dans la Ligue nationale de hockey. Pour ce faire, le Colisée devra être agrandi avec l’ajout d’un peu plus de 5000 sièges, portant sa capacité de 10 000 à quelques centaines de plus que 15 000 spectateurs. Au cours des années, plusieurs tableaux indicateurs l’orneront dont le dernier où on peut regarder le match sur ses faces. Les premiers tableaux étaient plus rudimentaires. Après le départ des Nordiques, le Colisée a vu les Rafales de la Ligue internationale de hockey et les Citadelles de la Ligue américaine, comme club-école des Canadiens, mais ce ne fut pas un vif succès. Le Radio X, club de la Ligue semi-pro y a aussi joué quelques saisons, mais les mauvaises langues vous diront qu’ils avaient de la difficulté à distinguer le hockey qui s’y jouait à la lutte ou boxe sur glace… En 1997, le Colisée renait de ses cendres jusqu’à un certain point alors que les Remparts de Québec y élisent domicile pour un deuxième séjour. Celui-ci y sera plus fructueux alors que bon an mal an on peut y voir des foules de 6000 à 7000 personnes, voir même un Colisée rempli à pleine capacité. Il faut dire que les succès de l’équipe sur la glace et l’arrivée de Patrick Roy particulièrement en 2005 comme entraineur et la conquête de la Coupe Mémorial à la fin de cette saison n’y sont pas étrangers. Presque chaque année l’équipe sur la glace était intéressante à aller voir quand on pense aux noms qui s’y sont produits, on pense ici aux Simon Gagné, Alexander Radulov, Angelo Esposito, Jonathan Audy-Marchessault, Mickael Grigorengo, Adam Erne et Zach Fucale et j’en passe.

La dernière équipe locale à jouer un match fut ces mêmes Remparts avec une cinglante défaite de 9 à 3, le vendredi 29 mai. Le sort du Colisée sera probablement la démolition, mais il sera remplacé par un édifice à la fine pointe de la technologie et pouvant accueillir 18 500 personnes. Il portera le nom de Centre Vidéotron et il sera lui aussi le domicile des Remparts de Québec.

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