L’époque de l’expansion est révolue

6-3 Voltigeurs

francoiscarignan

Lors de ses deux premières saisons, le Phoenix de Sherbrooke représentait bien peu aux yeux des amateurs de hockey. C’était un petit club d’expansion bâti autour de joueurs inexpérimentés qui apprenaient à la dure comment perdre en espérant un jour pouvoir enligner deux, parfois trois victoires.

Ce petit club d’expansion est maintenant chose du passé. Le Phoenix de Sherbrooke brille de tous ses feux depuis le début de la saison avec cinq victoires en six parties, bon pour le premier rang de sa division. Ce ne sont que six parties, certes, mais jamais cette franchise n’a aussi bien paru autant sur la glace qu’aux yeux des amateurs, des experts et, de plus en plus, des équipes de la LNH.

Comment cette franchise qui a perdu 19 de ses 20 derniers matchs en 2013-2014 s’est-elle transformée de façon si spectaculaire et ce, dès le début du camp d’entraînement? Voici quelques exemples de facteurs qui peuvent expliquer cette métamorphose que peu de gens voyaient arriver dès le début de la saison.

Des joueurs de qualité

Le Phoenix compte aujourd’hui à son actif un joueur appartenant à une équipe de la LNH en Daniel Audette, choix de 5e tour du Canadien de Montréal en 2014, ainsi qu’un autre qui fait tourner les têtes dans la capitale américaine en Liam O’Brien, lui qui est au camp des Capitals en tant que joueur invité. Le duo suisse du Phoenix, formé de Kay Schweri et Tim Wieser, réussit constamment à se mettre en évidence et ne donne aucun signe de ralentissement à court terme. À la défensive, Julien Bahl, Aaron Hoyles et Carl Neill sont des piliers solides et talentueux, et le jeune Thomas Grégoire démontre un potentiel énorme de devenir lui aussi un rouage important, mais le point de mire porte le nom de Jérémy Roy. Quatrième choix au total en 2013, Jérémy est un des cinq meilleurs défenseurs de son âge sur la planète actuellement. Enfin, dans les buts, Alex Bureau fait du travail de qualité et son jeune adjoint, Evan Fitzpatrick, promet de faire partie de l’élite du circuit avant longtemps.

Même si Daniel Audette tarde à se mettre en marche depuis son retour du camp du Canadien, ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne recommence à mettre à l’épreuve les défensives adverses avec ses passes savantes, son coup de patin explosif et son flair offensif à en faire baver bien d’autres à travers la ligue. Daniel a récolté plus d’un point par match l’an dernier avec un entourage offensif limité, et il pourra facilement faire mieux cette saison avec des partenaires de jeu plus dangereux.

Bien qu’il appartienne au Phoenix, O’Brien pourrait bien ne jamais jouer une rencontre de saison régulière avec le club estrien, lui qui se démène actuellement afin de peut-être avoir une chance dans la Ligue Américaine de Hockey. Malgré tout, advenant son retour à Sherbrooke, Liam pourrait faire passer le Phoenix d’une équipe coriace et compétitive à une sérieuse formation légitimement capable de vaincre toutes les équipes de la LHJMQ.

Le duo suisse donne des maux de tête à tous ceux qu’il affronte. Kay Schweri et Tim Wieser ont des «flashs» impressionnants et ils semblent constamment être sur la même page. Schweri cumule plus de deux points par match alors que Wieser maintient un rythme d’un but par rencontre. Le plus impressionnant, c’est que les deux acolytes réussissent ces miracles malgré leur petit format. En effet, aucun des deux ne dépasse la barre des 5’10”. Lorsque séparés récemment afin d’égaliser la force de frappe, les deux ont continué de se mettre en évidence et de produire avec constance.

Pour ce qui est de Jérémy Roy, tous les hommes de hockey s’entendront pour dire que ce défenseur ultra talentueux est, à 17 ans seulement, un des meilleurs joueurs de sa position dans la LHJMQ, si ce n’est pas déjà le meilleur. Roy est considéré par ses adversaires comme la plus grande menace offensive sur le jeu de puissance du Phoenix, si bien que deux joueurs sont constamment dans sa ligne de tir, ce qui créée du même coup un peu plus d’espace pour ses coéquipiers. Avec un flair offensif qui se compare à plusieurs professionnels et une facilité déconcertante à générer de l’attaque et ce, même depuis sa propre zone, Roy affiche un potentiel de choix de première ronde au prochain repêchage de la LNH. Avec une récolte de 44 points à sa première saison et une fiche de quatre points en six parties cette année, les chiffres sont assez révélateurs.

Des joueurs formés par le club

Le Phoenix a repêché de façon intelligente et a réussi à attirer quelques joueurs hésitants dans son giron, malgré le peu de notoriété de la franchise en raison de sa nouveauté. Les joueurs européens aiment l’équipe et quelques américains ont franchi les douanes afin de joindre la bande et ce, en grande partie grâce au travail efficace de la direction du Phoenix, gérée de main de maître par le directeur général Patrick Charbonneau, qui a su être convaincante et intelligente afin de dissiper les doutes que pouvaient avoir les jeunes pour finalement les attirer à Sherbrooke.

La bonne majorité de l’alignement du club a été repêchée par le Phoenix. Ainsi, ce sont 15 des 22 joueurs actifs du club qui ont été sélectionnés, développés et formés à Sherbrooke. Du groupe, quelques surprises de troisième ronde et plus ont su se mériter un poste, dont Chase Harwell, Trevor Stacey, Mikaël Sabourin, Nicolas Poulin et plus encore.

D’autres, malgré le fait qu’ils ont été repêchés ailleurs, ont eu leur véritable première chance dans la LHJMQ en jouant sous les ordres de Judes Vallée. Simon Desbiens n’avait disputé que cinq rencontres avant sa venue à Sherbrooke, et David Storto n’avait jamais joué dans le circuit Courteau avant d’être acquis en provenance de Chicoutimi l’été dernier.

De la stabilité derrière le banc

Certes, quelques adjoints ont changé depuis le départ, mais Judes Vallée est l’entraîneur-chef depuis la toute première partie du club. Par conséquent, il connaît mieux que quiconque ses joueurs et comment interagir avec eux, ce qui peut s’avérer un atout majeur. Même si les deux premières saisons n’ont pas été les plus convaincantes si on se fie classement général, Vallée a su trouver et exploiter le potentiel de certains joueurs alors que d’anciens entraîneurs n’en ont pas été capables. Parlez-en à Jean-François Plante, lui qui a marqué 33 buts en 41 matchs sous ses ordres après n’en avoir inscrit que 37 à ses quatre premières saisons complètes dans le circuit.

La patience et le respect du plan à long terme

Désireux de ne pas précipiter les choses et de suivre le plan établi, Patrick Charbonneau n’a pas bronché et a su identifier les actions à faire pour améliorer son équipe à moyen et long terme, même si cela générait de l’insatisfaction et créait des lacunes à court terme. Dans des cycles aussi courts que ceux du hockey junior, une décision portée sur l’amélioration à court terme peut avoir un résultat positif pour terminer la saison, mais créer un vide important l’année suivante.

La direction du Phoenix a été pointée du doigt après la sélection de Daniel Audette, lui qui a connu une moins bonne première saison que celui qui s’avérait l’autre candidat au premier choix en 2012, Alexis Pépin. Malgré tout, à l’été 2013, la direction a réitéré sa confiance envers son poulin et a assuré que le résultat serait visible à moyen terme. La saison suivante, Audette récoltait 76 points alors que Pépin n’en inscrivait que 34, prouvant que le Phoenix avait bien fait ses devoirs.

Patrick Charbonneau a aussi cédé Cole Hawes aux Voltigeurs en 2012-2013 alors que ce dernier faisait partie des meilleurs marqueurs de l’équipe. Le choix de deuxième ronde obtenu en retour a servi à repêcher Gabriel Fontaine, lui qui s’avère comme une pièce importante du club cette saison malgré une blessure. Hawes, quant à lui, n’a plus remis les pieds dans la LHJMQ après avoir terminé la saison à Drummondville.

Enfin, le Phoenix a pris la difficile décision d’envoyer Jean-François Plante aux Tigres en 2013-2014, ce qui a soulevé le mécontentement des partisans. Au lieu de ne rien obtenir pour Plante, qui en était à sa dernière saison dans la LHJMQ, Patrick Charbonneau décidait de mettre en jeu le reste de la saison, pour éventuellement rater les séries. Par contre, le choix de deuxième tour en 2014 (utilisé pour repêcher l’attaquant Lucas Thierus) et des choix de troisième et septième tours en 2015 ont donné des munitions pour une transaction dans laquelle un choix de troisième ronde en 2015 a été envoyé aux Saguenéens pour acquérir David Storto, lui qui pourra disputer deux saisons complètes à Sherbrooke au lieu de la demi-saison qu’il restait à Plante.

La force du concept d’équipe et du caractère

La formation sherbrookoise manquait clairement de leadership, surtout la saison dernière. C’est en partie pourquoi cette équipe, pourtant potable sur papier, a tant connu de difficultés quand les matchs ont grimpé en intensité vers la fin de la campagne.

Cette saison, aucun joueur ne porte le «C» sur son chandail: Daniel Audette, Jérémy Roy et Simon Desbiens affichent chacun un «A» à la poitrine, et le Phoenix entend prendre tout le temps nécessaire avant de nommer un capitaine. La raison est simple: Le personnel d’entraîneurs, tout comme les joueurs, croit fort au concept d’équipe comme élément rassembleur pouvant générer des dividendes. Vallée identifie comme autres valeurs principales de son équipe la fierté, la persévérance et le caractère.

Lorsque l’on regarde le comportement des joueurs, ceux-ci travaillent plus fort l’un pour l’autre que jamais auparavant. Des joueurs que l’on voyait peu s’impliquer défensivement par le passé se jettent sans hésitation devant des lancers, et aller défendre des coéquipiers est devenu un automatisme, sans toutefois tomber dans le piège de l’indiscipline. En somme, les joueurs peuvent travailler avec plus de confiance car ils savent que leurs partenaires seront là pour les épauler.

Les joueurs sont visiblement fiers de porter l’uniforme, et le caractère est aussi dans une classe à part comparativement aux dernières saisons. Au lieu de s’effondrer et d’abdiquer après de mauvais moments, les hommes de Judes Vallée persévèrent et prennent plaisir à surmonter les défis.

Contre les Tigres de Victoriaville, après avoir accordé deux buts rapides et perdu les commandes du match en fin de troisième période, le Phoenix a profité de ses chances et a créé l’égalité tard dans le match avant de l’emporter en fusillade. La semaine suivante, les Foreurs ont marqué deux fois dans les sept premières minutes du match, mais l’équipe est revenue en force pour marquer sept des neuf buts suivants et l’emporter 7-4. Enfin, lors de la visite du Drakkar, le gardien recrue Evan Fitzpatrick accordait deux buts sur deux lancers en début de deuxième période pour concéder les devants 2-1 aux vice-champions en titre. Alors que Judes Vallée voulait appeler son temps d’arrêt, les joueurs au banc se sont interposé et lui ont demandé de ne rien faire et qu’ils allaient s’occuper du problème. Moins de deux heures plus tard, les deux points allaient au Phoenix.

Le meilleur est à venir

En conclusion, c’est équipé de son meilleur alignement depuis sa fondation que le Phoenix continuera de se développer cette saison avant d’être une puissance du circuit l’an prochain. L’équipe a su bien repêcher et attirer des joueurs étrangers dans son giron, et a su identifier les potentiels cachés de certains joueurs pour en faire des éléments clés. Avec de la constance et de la stabilité derrière le banc, le club estrien a su mettre en confiance son équipe et stabiliser son effectif à long terme. La direction a su être patiente, respecter son plan de développement et faire des placements intelligents à long terme aux dépens du court terme. Le résultat est impressionnant: l’équipe a maintenant une forte identité et des valeurs fortes auxquelles les joueurs adhèrent bien. La somme de ces éléments donne une formation solide et tenace qui s’amuse sur la glace et qui ne donne aucun signe de ralentissement à court terme. Bref, ce n’est qu’une question de temps avant que le Phoenix ne s’envole vers le haut du classement de la LHJMQ.

Crédit photo: Vincent Lévesque-Rousseau, Phoenix de Sherbrooke

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